Cinéma - Margin Call de J.C. Chandor (2012)

Les films sur l’obscur monde de la finance ne sont pas légion, même à Hollywood. Et les films réussis sur le sujet le sont encore moins… Mais en voilà un, et non des moindres. Loin d’une simplification du milieu de la finance et d’une caricature des traders, cette vision américaine offre de mieux comprendre les tenants et les aboutissants du fameux « Marché ».

Margin Call propose de revenir en 2008, au début de la crise financière dans une grande banque ressemblant étrangement à Lehman Brothers. Au moment où il est licencié, le responsable d’une équipe de gestion des risques découvre que le modèle économique sur lequel se repose sa Banque lui fait prendre des risques inconsidérés et engage bien plus que la valeur totale de la société. Il confie le dossier à un jeune trader avant de quitter son bureau…

affiche

Toute la difficulté consiste à expliquer des mécanismes compliqués, des termes du métier comme les MBS (Titre adossé à des créances hypothécaires). Pourtant, ce son bien les MBS, notamment, qui ont permis à plusieurs banques de réaliser d’immenses profits mais aussi de les conduire à leur perte. La bonne trouvaille du réalisateur est de traiter cet univers financier à travers la gestion de la crise, l’analyse de l’état d’esprit qui règne dans ce métier et la violence inouïe des salles de marché. Violence, c’est peu dire ! La première scène d’exposition montre une équipe de « nettoyeurs » débarquer avec des cartons dans un étage et convoquer un à un les « virés » du jour… Dans ce cadre, le spectateur croise un personnage proche de George Clooney dans In The Air.

Un des effets notables de cette violence : les traders deviennent cyniques et se détachent lentement mais surement du monde réel. On saluera l’intelligence du réalisateur, JC Chandor, dont c’est le premier film, qui croise habilement les portraits de vieux routiers du milieu, des jeunes embauchés, des requins, etc. Toutes les catégories et fonctions d’un écosystème qui confine au trou noir.

Chaque personnage est habité par un paradoxe qui est bien rendu par un casting haut de gamme : Kevin Spacey (Usual Suspects, LA Confidential), Paul Bettany (Da Vinci Code) , Jeremy Irons (Le Mystère Von Bullow, Mission) , Zachary Quinto (Heroes, Star Trek), Simon Baker (Mentalist, The Killer inside me), Demi Moore, Stanley Tucci (Le Diable s’habille en Prada, Lovely Bones).

Cette pléiade d’acteurs mène sans accroc ce huis clos, suggérant à chaque spectateur de réfléchir à sa potentielle réaction dans cet univers de chiffres, de paris, où l’appât du gain est la pierre angulaire de tous les comportements. Même le plus incorruptible succombe, et ce ne sont guère les plus « purs » en début de film qui contribueront à sauver la situation…

En video : video

Autre élément frappant : ces hauts dirigeants finissent par oublier la « technique financière » pour se concentrer uniquement sur du management. Ils ne comprennent rien à ce que les plus doués des traders leur expliquent. Pourtant ce sont de brillants passés d’ingénieurs, issus des meilleures universités. Il en va ainsi du personnage interprété par Stanley Tucci : ingénieur en BTP, spécialiste des Ponts, capable de calculer de tête des opérations complexes. Quelle est la raison de cet appauvrissant paradoxe ? Comme dans nombre de grandes entreprises, France Telecom par exemple, un brillant ingénieur qui a prouvé sa valeur technique se retrouve propulsé dans le management où il oublie peu à peu… son savoir et ses compétences.

La beauté du film – le lecteur d’Unidivers me permettra ce terme – est de traduire avec brio ce regrettable, voire suicidaire, détachement, ces ruptures de l’adhésion à la réalité tout en préservant, derrière la façade, une humanité oublieusement en quête.

A ne pas manquer


Ecrit le : 01/05/2012
Categorie : cinema
Tags : Cinéma,finance,2010s,

Commentaires : par Mastodon ou E-Mail.