Réflexion - Se reproduire

Qui ne s’est jamais posé la question “Pourquoi suis-je sur terre ?”. Les réponses à cette question ne manquant pas, il arrive souvent que l’on réponde “pour perpétuer l’espèce”. Mais quand on parle de l’impact de l’homme sur la planète et du réchauffement climatique, on peut remettre en cause ce modèle ou au moins l’amender

D’abord, il faut que les choses soient claires entre nous ! Je n’ai pas d’enfant. J’aurai pu en avoir mais c’est un choix réfléchi. Quand je dis réfléchi ce n’est pas d’une manière égoïste mais aussi avec madame. Alors forcément, je vais parler dans cet article de blog d’une vision du monde qui m’est propre, sans doute influencée par ce que l’on me disait dans mon enfance sur les perspectives de cette planète. Je ne suis donc pas dans cette norme bien connue. J’ai fait d’autres choix et je vois le monde d’une certaine manière que l’on peut admettre ou pas. L’article n’est pas là pour convaincre de quoi que ce soit mais juste pour faire admettre justement que cela induit beaucoup de problématiques auxquelles on ne pense pas toujours…Si d’aventure on y pense.

Le politiquement non correct

Enfant des années 70, je me souviens de ce que me disais ma mère du regard des autres et du comportement de son voisinage lorsqu’elle n’était pas encore maman et lorsqu’elle “m’a eu”. Jeune femme mariée mais sans enfant, on lui parlait peu, surtout que son mari était un peu plus âgé, ce qui n’est jamais bien vu non plus, mais quand même mieux que l’inverse. Quand elle a été enceinte, on a commencé à lui parler, le fameux partage d’expérience des mères. J’ai pu voir que c’était toujours le cas de nos jours dans l’environnement professionnel. Une femme célibataire qui approche la trentaine ça pose des questions, encore pire à quarante. Une femme sans enfant aussi…Et les liens se créent autour du sujet de la maternité, un peu moins de la paternité. L’homme continue à parler d’autre chose avec ses collègues mâles, comme si c’était encore acquis que l’éducation c’est pas vraiment son rayon, sinon pour dépanner. Nous sommes bien dans un monde sexiste et patriarcal encore de nos jours. Oh, allez, il y a bien parfois des discussions mixtes autour de la naissance, mais ça reste rare.

Alors faire le choix de ne pas avoir d’enfant, c’est encore plus pesant pour une femme que pour un homme. On parle souvent de raisons pour cela, du fait qu’on privilégie la carrière (rarement pour un homme…), de l’horloge biologique etc. Comme si c’était immuable, que c’était un rôle prédéfini. Je n’oublie pas qu’en théorie, l’enfant est le “fruit” de l’amour de 2 personnes, mais la pratique montre que ce n’est pas que cela, hélas…Surtout pour les femmes. On me répondra que les autres espèces ne se posent pas ces questions, qu’il y a des rôles définis aussi. Le parallèle animal est bien là quand ça arrange certains. D’autant que certaines espèces ont mis en place des structures hiérarchiques, ou regardent aussi l’environnement, la capacité à se nourrir ou nourrir un groupe/meute. De là vient aussi cette question de …

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Pourquoi sommes nous sur terre ?

On se la pose curieusement pour nous mais beaucoup moins pour ce qui nous entoure. Ou alors pour répondre la même chose : Perpétuer l’espèce. C’est vrai que si les espèces en danger cessent de procréer, c’est l’extinction. Pour des espèces endémiques, invasives, par contre, on aimerait bien qu’elles cessent de se reproduire. Mais pour nous justement les humains, il n’y aurait pas de limite. J’en reparlerai plus loin. Bref, nous serions une sorte d’espèce élue, supérieure dans ce cas et pour moi qui suis anti-spéciste, ça pose évidemment un problème. Je ne me considère pas au dessus des autres mais comme devant partager cet espace de vie qu’est la terre. Je ne me vois que comme une des incarnations d’une sorte de hasard mystérieux (le big bang ? ) qui a apporté la vie. J’ai un temps à passer ici sous cette forme et je m’efforce que cela soit dans le maintien de cet espace. Je pense d’ailleurs que d’autres espèces se régulent aussi en fonction de leur environnement. Voilà un peu en résumé ce à quoi je crois, bien loin d’une mission sacrée ou d’un destin à accomplir. Et puis je ne considère pas le fait de se reproduire comme une banalité.

La femme, machine à reproduire ?

Comme je disais précédemment, ma mère a eu de l’importance aux yeux du voisinage quand elle est devenue une “reproductrice”. A croire qu’avant elle n’avait aucune “utilité” pour cette société post-68. J’emploie volontairement ce vocabulaire cru car on parle bien souvent de la femme comme d’une sorte de machine à donner la vie, oubliant la souffrance que cela induit, l’inégalité face à cela entre l’homme et la femme, même si cela change un peu. Rien que sur l’aspect soin gynécologique, j’ai souvent l’impression que des médecins sont là pour apporter un “réglage”, faire de la maintenance et oublient tout ce qui est sentiment, tout ce qui est peur, souffrance. Le fait que les sages-femmes (5 ans d’étude post-bac et 1800 à 2300 euros/mois !) soient peu considérées dans notre pays est un autre signe. A se demander si pour certains une femme ou une vache laitière ne serait pas prises à l’identique : L’animal vu comme une machine d’un coté, la femme vue aussi comme cela. Les employeurs aussi participent à cela en regardant le risque d’une femme qui est en age de procréer dans le déroulement de la carrière, sans même parler de l’inégalité salariale. Je n’ai donc pas vraiment envie de perpétuer cela en entrant dans ce modèle. Mais en même temps, on sait faire tant de chose avec la science, la médecine et la société a évolué, du moins sur une partie de la planète… reste que la femme continue à porter l’enfant et que l’on veut même parfois vendre cela.

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Portrait du peintre Andries van Bochoven et sa famille - 1629

L’adoption

Il n’y a pas que la procréation à considérer lorsque l’on parle de se reproduire. Bien sûr derrière la reproduction, on pense à la perpétuation génétique, comme si les gênes étaient à eux seuls responsables de ce que devient ce petit être né après 9 mois de gestation. L’adoption reste aussi un moyen de “perpétuer l’espèce”, quelque soit la couleur de peau, car d’autres enfants n’ont pas toujours la chance de naître au bon endroit, dans les bonnes conditions, d’avoir simplement des parents vivants. Là encore, l’adoption payante me semble un non-sens, comme la marchandisation des animaux. Il doit effectivement y avoir certaines vérifications ce qui aura un coût administratif. Il doit y avoir le remboursement des soins prodigués en amont à prendre en compte. Mais ce n’est certainement pas au plus riche de s’approprier et choisir ce qu’il veut comme dans un supermarché. De même que l’adoption est un engagement pour la vie, ou du moins jusqu’à la majorité de l’enfant (pratique du rehoming). Je vous passe aussi le fait qu’un couple adoptant soit deux membres de sexes différents. Ce modèle est archaïque du moment même où l’on donne enfin les même droits aux homosexuels qu’aux hétérosexuels. Mais la maturité des sociétés occidentales n’est pas encore la même partout sur ce sujet. J’ai du mal personnellement à voir l’intérêt égoïste de rajouter tous mes défauts à un être qui serait issus de mes gênes, alors que je peux en aider d’autres. L’adoption n’est qu’un des choix.

Aider les autres

J’ai plutôt fait le choix d’aider d’autres enfants et leurs parents à mieux vivre là où ils sont, dans un pays qui n’a pas la chance que j’ai mais qui a pourtant tous les atouts pour. En France, on a en plus la chance que l’état donne sa part par des réductions d’impôts (66% des dons dans la limite de 20% des revenus annuels), ce qui devrait motiver encore plus. Je ne connais pas le succès et son évolution pour cette mesure. D’autres pays européens ont inclus cela autrement, par exemple dans des impôts ou taxes revenant automatiquement à des associations. J’apprécie ce choix qui évite le déracinement de l’enfant, la séparation de frères et sœurs parfois. Mais de toute façon, tout n’est pas rose, entre les associations qui ne sont pas toutes honnêtes ou efficaces, le fait qu’il reste des enfants orphelins parfois aussi maltraités. Et puis améliorer les conditions de vie peut aussi avoir un effet pervers, celui de pousser à la croissance de la population. Dans la réalité, ce n’est pas vérifié car la mortalité infantile pousse aussi à avoir plus d’enfants en espérant qu’il y en ait qui survivent pour aider ensuite leurs parents. Là encore ce n’est qu’un des choix.

La surpopulation

J’ai depuis mon enfance en mémoire le fait que la population humaine est en croissance exponentielle. J’ai en mémoire que notre planète n’est pas extensible pour accueillir cette population. Et contrairement à quelques milliardaires illuminés, je ne pense pas qu’il y aura une planète B à quelques années lumières pour accueillir quelques nantis ou de nouveaux “Adam et Eve”. Alors même si Gaïa, mère nature y met un peu du sien pour nous réguler, il va quand même falloir essayer de faire avec ce que l’on a et avoir l’idée de s’autoréguler. Les pays riches voient leur population diminuer, ce qui affole les plus racistes. La diminution induit aussi un vieillissement de la population (et là aussi il faut parler de la condition du vieillissement) et nous ne sommes pas encore dans Soleil Vert. Cette autorégulation ne se fait pas simplement par des lois, comme on l’a vu en Chine. Et pourtant la principale angoisse d’un Chinois est aussi autour de cette surpopulation. Les projections ne sont guère optimistes pour la population mondiale et malgré quelques pandémies prévisibles, il faudra aussi que l’on fasse des choix, bien loin de l’eugénisme, pour que notre planète ne souffre pas de notre impact néfaste. J’observe par ailleurs ce qu’il se passe à l’échelle des animaux qui peuplent cette terre ou dans des environnements finis comme de grandes îles (cf Australie ou Nouvelle Zélande). Il y eut par exemple le fait d’avoir introduit l’élevage sans penser aux bouleversements des déjections des vaches. On a introduit alors des bousiers d’autres contrées mais ceux-ci prennent aussi la place d’autres espèces etc… La surpopulation c’est donc autre chose que le simple nombre d’humains sur terre, c’est une question environnementale majeure. Surtout quand on sait que 68% des vertébrés sauvages ont disparu depuis les années 70. Voilà qui ajoute sans doute à l’éco-anxiété ambiante et ne pousse pas à procréer, non ?

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Permis de naître

Et puis quand j’ai parlé d’adoption, j’ai parlé de contrôle, d’administratif mais il y a un truc qui me choque. Pour avoir fait de nombreuses fois des contrôle en vue de l’adoption d’animaux, pour avoir rencontré des éleveurs de toute sorte, avoir vu certaines conditions sordides, j’ai bien vu que déjà pour un animal de compagnie, ce n’est pas simple. Et bien pourtant, avoir un enfant, c’est simple comme avoir une relation sexuelle et après démerde toi (enfin surtout la femme…). Je n’ai pas vu de cours destiné à bien élever son enfant. Oui, il y a bien de la littérature théorique, de l’accompagnement parfois mais rien n’est une science exacte, avec un standard bien défini, une sorte de recette de cuisine qui marche à tous les coups. Si des projets ont été émis pour des basiques à avoir pour adopter (ou acheter grrr) un animal, on n’en parle pas du tout pour ce qui est d’ajouter un nuisible comme l’humain à cette planète. OK j’exagère mais il ne me paraît pas exagéré de donner des notions sur la parentalité. D’autant qu’il y a eu parfois des naissances non désirées chez des adolescentes. Mais le sujet est compliqué, notamment parce que cela est autour de l’éducation sexuelle et que le retour du religieux (quel qu’il soit) dans la politique bloque beaucoup de chose, certainement pas dans l’intérêt des enfants.

Dans certaines dystopies, on voit aussi des permis pour avoir un enfant, justement à cause de surpopulation et parfois pour des raisons proches de l’eugénisme. Il faut prendre en compte que nous ne sommes pas égaux face à l’éducation, face à la capacité matérielle à subvenir aux besoins d’un enfant. L’argent ne fait pas tout et la compassion ne s’achète pas. Je suis assez curieux, finalement, de voir ce qu’il ressortira de la version animale de ce projet…Si un jour il est appliqué. En attendant, la population humaine a un développement différent selon continents, pays, avec un vieillissement et une diminution de la population dans les pays riches, notamment, ces pays qui sont aussi ceux qui usent le plus les ressources, de manière directe ou indirecte (production hors du pays mais à destination de sa population).

J’ai peut-être un avis assez tranché et orienté sur ce sujet. Je ne deviens pas le seul. J’ose prendre en compte autre chose que ma simple personne, mes simples “envies” pour mettre en perspective l’ensemble du vivant. Je ne considère pas que “se reproduire” est une chose aussi simple que l’acte en lui même, surtout en tant que mâle. Pratiquant aussi la généalogie, je vois aussi le poids que peut avoir l’histoire, la famille, dans tout ce qu’il y a derrière le simple mot “reproduction”. Mais le fait que mon nom s’éteigne ou qu’il se perpétue avec de mauvaises personnes ne m’intéresse pas. J’ai certainement ma propre théorie quant à mon passage sur terre, mon supposé rôle. J’espère juste que l’Humain arrêtera sa vision égoïste et destructrice de la vie sur terre pour oser enfin la partager de manière équitable et durable. Et honnêtement, je n’y crois pas vraiment avant qu’il nous arrive un cataclysme. Mon seul espoir vient plus d’études ethnographiques sur des tribus dites primitives qui avaient été tenues éloignées de notre supposée modernité et donc vivaient plus en harmonie que nous aujourd’hui. Le monde moderne, la science, l’hygiène ont apporté des avancées incontestables mais au prix d’oublier notre modeste place sur cette planète et dans la nature. La crise climatique et la pandémie suffiront-elles à nous le rappeler ?

Bande son : John Lennon - Mother video

Commentaires

Ewen par mail

La dimension spirituelle, je pense que c’est ce qui te fait défaut. […] Je constate simplement cette absence dans ton article. Ton raisonnement est presque “mathématique”, comme s’il ne pouvait pas exister quelque chose qui dépasse ta logique et donnerait une meilleure lecture de l’ensemble du tableau. Je crois que tu es à ta place, au bon moment, au bon endroit. La question : captes-tu l’essence (la sagesse) profonde des expériences que tu vis au quotidien ? […]

@Ewen par Iceman

Ce choix est assumé et volontaire car cette dimension spirituelle, comme tu dis, a une part difficile à estimer de “tradition”, de “culture” comme d’instinct. Ce choix assumé est aussi pour ne fournir que le “contre” quand le pour est totalement majoritaire dans la vie aujourd’hui. Un peu comme lorsque l’on dit qu’avoir un enfant c’est merveilleux en masquand la souffrance, la dimension psychologique de l’après, etc… Je pourrais aussi parler de l’inégalité des hommes et femmes face au sens de la maternité/paternité, que l’on rencontre aussi chez l’animal. Bref, il y a beaucoup d’éléments manquant, j’en suis conscient et je n’ai fait que rajouter quelques uns que l’on masque.

Gilles par Mastodon

les femmes subissent des injonctions tout le temps : pas d’enfants, tu subis, tu fais un ou plusieurs : tu subis. Y’a pas de situation meilleure qu’une autre (avec ou sans). Croire qu’une femme avec enfant sera moins désocialisée est un leurre patriarcal.. Du coup autant qu’elles fassent ce qu’elles veulent ;) dont en faire seule par exemple (PMA).

Anatolem par mail

J’hésite à laisser un commentaire mais finalement après une après-midi de réflexion je me jette à l’eau. Pourquoi suis-je sur cette Terre”, dépend d’une autre question : sommes-nous sur Terre par hasard ou par la volonté d’un Être supérieur ?

Si on considère que notre existence sur Terre est le fruit du hasard, alors il n’existe pas de but en soi. En revanche, par notre propre initiative, nous pouvons donner du sens à notre vie en nous fixant différents objectifs. Ces objectifs peuvent être très variables, mais en s’inspirant des classifications de Kierkegaard, je pense qu’il est possible de distinguer trois grands types d’hommes.

1) le futile : celui-ci n’a aucun but dans sa vie. Il vit au jour le jour à la recherche des plaisirs instantanés. Il veut faire la fête, s’amuser, profiter du temps présent, sans penser à l’avenir. Il a une vision sur le court terme qui touche le moment immédiat.

2) le bourgeois : il veut réussir sa vie. Cette réussite peut prendre différentes formes en fonction des valeurs personnelles : avoir une famille, de l’argent, faire une grande carrière professionnelle. Pour cela, il est prêt à des sacrifices temporaires, par exemple consacrer du temps à ses études ou travailler dur, dans l’espoir d’avoir une récompense dans les années à venir (un travail qui rapporte beaucoup d’argent). Il a une vision sur le moyen terme qui concerne l’ensemble de son existence.

3) l’idéologue : il consacre sa vie à des idées qui dépassent sa simple existence. Son but n’est pas simplement de « réussir sa vie personnelle » mais de faire triompher ses idées, sa vision du monde. Pour cela il est même prêt à sacrifier sa propre vie, au sens figuré, comme au sens propre. Il a une vision sur le long terme qui dépasse sa simple existence.

Une quatrième catégorie? Mais, on peut aussi considérer que notre vie sur Terre n’est pas due au hasard, mais à la volonté d’un Être supérieur, que l’on appelle en général « Dieu ». Dans ce cas notre but n’est plus de donner du sens à notre vie, mais de chercher la raison pour laquelle Dieu nous a créés. Cela permet de distinguer une quatrième catégorie. -> 4) le religieux : son but n’est plus de se soucier de la vie présente, mais de se préparer à la vie future, celle de l’autre monde. La vie actuelle n’est que passagère et il se sent comme « étranger sur cette Terre ». Sa vision ne concerne plus le long terme mais l’éternité. (Sources: https://didascale.com/pourquoi-suis-je-sur-cette-terre/ Alors crois-tu pouvoir entrer dans une de ces 4 catégories ?

@anatolem par Iceman

Par élimination, je ne suis pas trop dans la 1ère et la 2ème. Je ne vais pas assez loin dans la 3ème pour m’y considérer, ni même dans la 4ème… ce qui tendrait à prouver que les citations de philosophes qui théorisent, ça ne marche pas vraiment. Peut-être un idéologue religieux futile alors ou carrément une nouvelle catégorie issue de l’évolution humaine depuis la mort de Kierkegaard. soit 170 ans tout de même. Je ne suis pas à penser que le passé est la référence contrairement à certaines personnes à la mode :p.


Ecrit le : 11/12/2021
Categorie : reflexion
Tags : réflexion,société,environnement,écologie,sociologie

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