Réflexion - Ethnocentrisme, bien et mal

La semaine dernière, je continuais à lire les débats qui animent la Framasphère et je me suis arrêté un moment sur une phrase “Vous êtes drôles, franchement drôles ! Vous seriez des visionnaires alors ? C’est un peu foutraque, non ? Et surtout un peu vaniteux”. Son auteur se reconnaîtra et d’ailleurs je ne le vise ni lui ni aucun autre. Derrière cette phrase, il y a le fait que le #végétarien ou le végétalien/ #vegan peut parfois se sentir comme un “visionnaire”, comme quelqu’un qui aurait raison contre tout le reste du monde. Il suffit de penser que le végétarisme est une solution pour diminuer son empreinte écologique et tout de suite on se retrouve à penser cela.

Mais derrière cette phrase, il y a aussi le fait que l’on croit trop souvent que le végétarisme, c’est un truc de bobos occidentaux alors que d’autres sociétés dans le monde sont bien antérieures dans la pratique du végétarisme. Les raisons en sont diverses (religion, environnement, ….) mais en aucun cas on ne peut dire qu’être végétarien aujourd’hui, c’est être visionnaire. Au mieux, cela est éthique, écologique, et d’autres mots en “ique”. Là où intervient l’ethocentrisme, que des philosophes considèrent comme inhérent à l’homme, c’est justement dans cette propension à penser que Notre société détient des solutions, des vérités que les autres ignorent. Un exemple qui agite la protection animale, c’est évidemment le fait que des peuples mangent des chiens ou des chats, animaux considérés chez nous comme “de compagnie” et non comestibles. La Chine arrive souvent en tête de ces pays barbares. Nous oublions au passage les élevages de chiens chez les aztèques pour préférer se souvenir de la déification du chat chez les égyptiens . Nous oublions le rôle du chat chez les musulmans pour se focaliser sur l’abattage rituel. Nous oublions la corrida et les combats de coqs dans notre pays, pour donner des leçons ailleurs. Nous oublions le sort que nous réservons aux chevaux, aux batraciens, aux escargots, et même aux rongeurs dans nos sociétés occidentales, sans parler de la sacralisation des bovidés en Inde. Il faudrait plusieurs livres pour faire la liste de ces paradoxes génants.

Nous avons tout simplement décidé que notre “éthique” devait être celle du monde entier. L’éthique est reliée à la morale, aux moeurs, aux habitudes….Donc aux traditions. Voilà tout le paradoxe de faire une “science” de quelque chose qui se base, en partie, sur une non réflexion : La Tradition. Quand peut-on dire que quelquechose est mal ? Par la majorité ? Par la volonté des puissants ? L’esclavage est aujourd’hui vu comme contraire à l’éthique. Pourtant, il continue d’exister et a été une tradition dans nos sociétés occidentales jusqu’à il y a peu, à l’échelle de l’histoire humaine. Il serait complexe de décrire ici le processus qui a amené progressivement à son abolition, ceci s’étalant à travers les ages. Nous pourrions également nous pencher sur les relations que nous considérons aujourd’hui comme pédophiles et qui ont été tolérées autrefois dans des sociétés que nous considérons aujourd’hui comme développées. Nous sommes tous d’accord pourtant pour sacraliser l’enfant de ce point de vue et de condamner tout acte sexuel le visant et cela quelque soit le pays dans le monde. Le poids de l’ethnocentrisme est donc très variable.

Notre ethnocentrisme dans cette lutte entre bien et mal est complexe. Il donne immanquablement lieu à des formes de racisme allant même jusqu’à expliquer certains conflits ou massacres ethniques. J’en reviens donc à une question initiale : L’ethnocentrisme est-il “naturel” chez l’homme. Qui dit ethnocentrisme parle également de la supériorité supposé de l’homme sur l’animal, ce qui donne l’exploitation animale et toute ses dérives. Dans le débat revenait alors la question : Comment l’animal considère-t-il l’homme ? Le considère-t-il lui aussi comme inférieur? Bien malin celui qui trouvera la réponse comme pour dire si l’ethnocentrisme fait partie de l’homme. Car en admettant que nous ayons nos différences, conclure sur ce qui serait le propre de l’homme est impossible du fait même des différences qui nous opposent. Le philosophe n’en est pas moins homme lui même et veut lui même asséner des vérités, sinon convaincre du bien fondé de sa pensée. Alors pour en revenir sur le fait que le végétarien aurait raison ou pas, qu’il serait visionnaire ou pas, là n’est finalement pas le problème ou le débat.

Le véritable débat n’est pas de savoir si l’un est dans le bien ou le mal mais quel serait l’intérêt commun. Et là où se trouve l’erreur de notre réflexion, c’est d’arrêter l’intérêt commun à l’Homme et non à tout ce qui l’entoure dans l’environnement fini qu’est la planète terre. A cet échelle, le bien ou le mal prennent un autre sens, plus complexe avec l’ensemble des interactions dans le vivant. Et de ce point de vue là, j’ai tendance à penser que parfois des sociétés primitives ont beaucoup mieux compris les choses que nous. L’ethnocentrisme ne serait pas inhérent à l’homme mais c’est plutôt le fait que l’homme se croit au centre de tout. Ce à quoi on m’opposerait que dans les religions monothéistes, c’est dieu qui est au centre de tout. Mais à lire les textes sacrés, écrits par des hommes, l’impression qui domine c’est pourtant que tout tourne autour de l’homme et non de la nature. A moins d’aller voir d’autres croyances religieuses où les dieux se situent eux même dans la nature.

Bon, je pourrais continuer longtemps comme cela sans que cela ne fasse avancer grand chose. Je n’ai ni la prétention d’être visionnaire, ni celle d’être philosophe. Je me dis simplement que parfois nous nous égarons dans nos discussions à penser plus à nous qu’à ce qui nous entoure et fait que nous existons.


Ecrit le : 08/03/2015
Categorie : reflexion, vegan
Tags : blog,ethnocentrisme,penséeprofonde,philosophie,placedel'hommedanslanature,racisme,Réflexion,spécisme,veganisme

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