Géopolitique - Qui pour condamner le régime Saoudien ?

Après les attentats de Paris, beaucoup de politiciens avaient dénoncé le rôle joué par les pétromonarchies dans la monté du groupe EI. Et puis, plus rien…

Plus rien déjà lors des bombardements de populations civiles au Yemen. A peine une petite remontrance du président Hollande lorsqu’un blogueur était menacé de mort. Mais le Royaume Saoudien détient le triste record du nombre d’exécutions capitales dans le monde. Dernier avatar de cette politique, l’exécution de 47 prisonniers….dont un leader de l’opposition chiite, le Sheikh Nimr al-Nimr, au discours d’opposition pacifique. Et là, les conséquences sont d’une gravité plus importante qu’un blogueur.

Le seul pays à exprimer sa colère est évidemment l’Iran, pays chiite. Mais pour la première fois, on voit des leaders sunnites irakiens (comme Moqtada al-Sadr) se prononcer unis contre cette exécution. Des manifestations sunnites ont eu lieu dans de nombreux pays à travers le monde, ce qui montre que l’Arabie Saoudite n’est pas le leader du monde sunnite comme il l’espère. A Bahrein, les manifestations ont dégénéré dans la violence. Au Cachemire indien comme au Pakistan, on a protesté aussi. La très américaine association Human Rights Watch a condamné ces exécutions, de même qu’Amnesty International… et aucune condamnation n’est venue depuis d’un gouvernement. Seul le secrétaire général des Nations Unis s’est fendu d’un communiqué.  En Angleterre, l’opposant travailliste Jeremy Corbyn avait appelé James Cameron à montrer son opposition à l’exécution, un Cameron qui avait promis “d’aborder la question”. Depuis, rien ! En Allemagne, c’est officieusement que l’on dit son opposition, au ministère des affaires étrangères. Cela pose de nombreuses questions sur l’interdépendance entre cette monarchie et nos économies, que cela soit vis à vis du pétrole mais aussi de l’armement, dont on sait que les Saoudiens sont friands, même pour s’assurer des alliés régionaux (voir les frégates Mistral et le prêt à l’Egypte). Même Poutine n’ose critiquer, cherchant vraisemblablement les bonnes grâces saoudiennes dans sa lutte pour faire remonter le cours du baril, qui plombe l’économie du Royaume.

Le plus grave reste au niveau géostratégique. Cela divise encore plus un moyen orient dans lequel font rage non seulement le conflit contre l’EI, mais aussi la guerre civile au Yemen, la fragilité politique du Liban, le conflit israelo-palestinien. Ce qui motive cette frilosité est aussi la peur de voir tomber cette monarchie saoudienne, et ses alliés. Les signes d’assouplissement donnés par le vote des femmes ou la possibilité de conduire, ne sont que poudre aux yeux. L’alliance Quatar-Bahrein-Arabie Saoudite face à un pole Irak-Syrie-Iran reste toujours d’actualité. Au milieu de tout cela, l’EI est un instrument du premier pôle d’influence de la région, comme les Houthis le sont aussi pour l’Iran dans un Yemen qui avait été poussé à la ruine par son voisin saoudien pendant 30 ans. En choisissant l’escalade de la violence dans une série d’éxécutions sans précédent (depuis les années 80), l’Arabie Saoudite prend le chemin de luttes armées pour de nombreuses années à venir. Le cynisme est que des stratèges pensent que cela facilitera à la fois la vente d’armes, donc la reprise de cette économie militaro-industrielle, et les négociations sur le prix du pétrole. Dans une économie mondiale largement inféodée aux hydrocarbures, personne ne lèvera le petit doigt contre cette politique saoudienne.


Ecrit le : 03/01/2016
Categorie : geopolitique
Tags : arabiesaoudite,armement,bahrein,Geopolitique,guerre,moyenorient,pétrole,quatar,religion,yemen

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