BD - Carnet de Guerre de Jacques Martin (2009)

Le Jacques Martin auteur de cet ouvrage est bien le dessinateur de BD, le papa d’Alix et Lefranc. Mais avant ses personnages, il y a l’homme, un jeune homme qui connut la seconde guerre mondiale d’une manière tabou : Il fut envoyé au STO.

L’ouvrage compile tous les croquis que Jacques Martin a réalisé en Allemagne quand il était employé par les usines Messerschmitt d’Augsbourg. Il faut rappeler ce qu’est le Service du Travail Obligatoire. Car le tabou vient de là : Après la défaite de 1940, l’Allemagne prend possession du nord de la France. Le conflit se prolonge avec d’un coté la bataille d’Angleterre puis s’étend sur le front de l’Est en Juin 1941. Les Etats-Unis entreront en guerre sur le front européen en Décembre 1941. L’Allemagne se retrouve en manque de main d’oeuvre dans ses usines dédiées à l’armement. Elle impose alors au reste de l’Europe d’envoyer ses hommes en age de travailler dans ses usines. Mais cela se fait de trois manière :

Le volontariat a mobilisé peu de “collabos” mais a créé un amalgame donnera naissance à un tabou autour du STO. Il faut que les Allemands mettent la pression sur Laval, au pouvoir à ce moment, pour qu’une loi soit passée en 1942. Jacques Martin verra la gendarmerie venir le chercher à son travail pour l’envoyer prendre un train direction Paris puis l’Allemagne. Casterman a fait appel à Julie Maeck pour retracer l’historique en introduction de ce livre au format italien. L’ouvrage est complété par une interview de l’auteur par Patrick Weber.

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Les dessins sont ceux d’un jeune homme qui n’est pas encore vraiment illustrateur ou dessinateur, sinon de dessin technique dans des bureaux d’étude. Ils sont donc très académiques avec un style parfois un peu plus dans ce qui se faisait dans les années 30. Ils illustrent la vie quotidienne, l’Allemagne vue de l’intérieur par des français. On y voit la vie des allemands à des milliers de kilomètres du front mais peu à peu sous les bombardements aveugles des américains. Car en étant dans les usines, les travailleurs du STO sont les premières victimes.

Si l’ouvrage m’a laissé sur ma faim pour son contenu historique pur, il reste un témoignage intéressant. J’ai été touché par ce sujet car mon propre grand-père fut envoyé en STO après avoir été emprisonné en France pour son activité syndicale. Il s’en sortira sain et sauf après avoir tout fait par résistance passive pour ne pas participer à l’effort de guerre allemand. Mais après guerre, il aura vu ceux qui l’avait dénoncé s’en sortir libre, après avoir retourné leur veste lorsque les Allemands ont été affaiblis. Les travailleurs revenus du STO cacheront souvent cette activité, de peur d’être confondus avec ceux qui sont partis volontairement. D’autres furent aussi traumatisés par les bombardements. Les dessins de Martin restent timides, laissant trop peu de place à ce sentiment d’isolement, de prison parfois sans barreaux, mais aussi ce sentiment de peur, ne serait-ce que celle de ne jamais rentrer.

J’avais sans doute l’espoir de voir un peu de ce que mon propre grand-père m’a raconté de son vivant, ce que je n’ai pas eu le temps de retranscrire. L’ouvrage est court, trop court pour un sujet qui demande beaucoup d’éclaircissements, de détails. Mais c’est déjà une petite pierre à l’édifice de mémoire.


Ecrit le : 25/04/2017
Categorie : bd
Tags : 2000s,bd,dessin,guerre,histoire,LittératureetBD,témoignage

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