Cinéma - Les Invisibles de Louis-julien Petit (2019)

Après un “Discount” très réussi, le réalisateur Louis-Julien Petit s’attaque encore à une chronique sociale sous forme de comédie. Mais la forme et le fond ont changé…

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Si la crise des “Gilets jaunes” a mis en lumière beaucoup de personnes “invisibles”, Louis-Julien Petit ne l’a pas attendue pour s’intéresser au sujet. Le projet a commencé il y a 3 ans après un documentaire sur un foyer de jour pour femmes. Il nous fait suivre l’un d’eux, “l’envol”, avec sa directrice (Corinne Masiero), des travailleurs sociaux (Audrey Lamy….), des bénévoles (Noémie Lvovski) mais surtout les femmes qui viennent y trouver refuge (Catherine, Ramouna, Julie, Brigitte, …) avec leurs pseudos pour masquer pudiquement leur identité. Toutes sont invisibles pour la société, victimes de drames, perdues, … Mais l’envol est menacé parce que “pas rentable” en pourcentage de réinsertion. Alors l’équipe de l’Envol tente le tout pour le tout pour les réinsérer… au mépris parfois de ce qui est “autorisé”. Le réalisateur a choisi la sobriété, de filmer à hauteur de femme, sans filtre mais sans esbroufe, sans rechercher le dialogue culte. Il y arrive pourtant, malgré lui, parfois. Corinne Masiero et Audrey Lamy sont presque à contre-emploi par rapport à ce que l’on a l’habitude de voir d’elles, même si elles ont déjà prouvé leur talent en dehors de la télévision. Noemie Lvovski est toujours bienveillante et lumineuse, Deborah Lukumuena nous montrant encore plus que dans “Divines” qu’elle a du talent. Mais il y a surtout ces anonymes, ces actrices amatrices qui jouent leurs propres rôles avec vérité.

On rentre presque dans le documentaire mais la comédie s’y mêle sans souci. Il faut cela pour faire passer de vraies histoires, de vrais drames, comme cette femme qui sort de prison pour avoir tué son mari qui la battait, cette jeune femme paumée, violée, droguée, ces sans-papiers traquées, ces autres femmes victimes de problèmes de santé, de la dureté du travail passé… Tant d’accidents de la vie qui font passer de la “normalité” à la rue. Souvent on en a peur car ces “invisibles” représentent nos propres peurs. Leur seule havre de paix est une petite tente, quelques sacs, que l’on vient chasser, détruire périodiquement et il ne reste alors qu’un foyer temporaire, de nuit ou de jour. Le 115 est surchargé d’appels, de listes d’attente et la traque continue, les faisant fuir, les repoussant à des dizaines de kilomètres des villes. De tout cela le film parle avec gravité mais aussi la légèreté d’une bonne, très bonne comédie. Le film ne donne pas de solution miracle, montrant le positif comme le négatif. Il y a la peur du regard des autres, la confiance perdue qui fait rater parfois des rendez-vous, des entretiens. Il y a le CV qu’il faut tourner pour masquer cette réalité que personne ne veut voir… ou alors parfois quelqu’un qui comprend, si rare. D’autres ne veulent pas être aidées, ne veulent pas dépendre de quelqu’un, se sentir assistées. Faut-il toujours aider…trop…pas assez…c’est toujours du cas par cas avec des découragements, des erreurs, du point de vue des travailleurs sociaux. Car le film montre aussi cette abnégation, ce cynisme parfois, et la fragilité de ceux qui aident.

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Evidemment, tout le monde ne va pas au cinéma pour pleurer et rire à la fois. On veut parfois juste se divertir, ne pas trop réfléchir. Mais il faut des films comme celui-là, des moments de grâce, de sensibilité sans sensiblerie. Un bien joli film pour ceux qui sauront regarder ces invisibles, qui sont aussi autour de nous.


Ecrit le : 15/01/2019
Categorie : cinema
Tags : 2010s,Cinéma,comédie,féminisme,Film,pauvreté,société

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