Blog - Le besoin et l'envie

Il y a des moments où l’on ne sait pas si c’est une envie d’écrire ou un besoin. Toi, lecteur, tu n’imagines sans doute pas quand est-ce que cet article et les autres ont été écrits, à quelle heure, après quoi ou en attente de quoi.

Parfois, les mots tombent comme des larmes, hantent l’esprit jour et nuit jusqu’au moment où l’on pourra les coucher sur une feuille, sur un clavier et un écran. Le sommeil n’est pas là, l’adrénaline est le moteur, l’exaltation même. C’est bref ou pas, cela donne de bonnes ou mauvaises choses, textes, articles ou poèmes mais c’est un besoin plus qu’une envie à ce moment. Il faut extérioriser cet instant et c’est maintenant. Avec l’âge, j’ai appris à dompter ces moments, ce monstre qui est tapi souvent dans l’ombre, dans mes ombres. Je sens venir ces moments. Je sens qu’il ne faut pas garder cela pour moi, qu’il me fera plus mal encore sinon.

Il y a de la rage, souvent, celle amenée par des épreuves, des chagrins, des peines, rarement des joies. Il y a le monde qui entoure, qui devient froid, presqu’invisible et pourtant étouffant, pesant. Les mots deviennent le refuge, se succèdent naturellement comme un discours avec son autre moi. Tenez là, à ce moment même où je tape ces phrases, je ne pense même plus, je laisse venir le flux, l’inspiration sans même savoir où cela va me mener. Je sais au fond de moi le pourquoi, vous les devinerez peut-être en rassemblant les pièces d’un puzzle que j’aime laisser à quelques uns, dans quelques recoins. Je sais que je ne suis plus du tout dans l’envie comme lorsque j’ai repris l’écriture d’un roman-feuilleton. Cette fois c’est un besoin viscéral, dans le sens le plus pur du terme.

Il y a quelque chose de physique en effet, que l’on sent à l’intérieur, comme une torture dans le ventre, l’estomac. Il y a le cœur qui se sert, l’hypersensibilité aux instants de la journée, le besoin de s’isoler aussi pour n’être qu’avec soi. Aujourd’hui, hier, je ressentais cela, je le ressens encore. L’envie de communiquer avec le monde réel n’est plus là à ce moment, ou alors je fais illusion, me travestis en un personnage. Je n’écoute plus vraiment, n’arrive plus à me concentrer sur mon travail normal. Il faut que je trouve un truc à faire, m’occuper mais sans besoin de concentration, une activité machinale, parfois rébarbative. Je range, je trie, je nettoie, je renomme, j’étiquette, et je recommence. Tiens là j’en ai fini une bonne fois pour toute avec les services de cloud dont je parlais en 2019 en les vidant vraiment de leur contenu. Il y a encore du boulot mais il faut que je m’attaque à cette montagne.

C’est comme si ce mal qui ronge l’intérieur devenait une énergie qu’il faut dissiper. L’écriture demande de l’énergie…Oh, pas celle d’un sportif, bien sûr mais une forme d’énergie indescriptible. Il y en a qui parlerons d’inspiration, d’autres de transe, je ne sais le décrire car elle a deux faces, une positive qui s’exprime là, et l’autre négative qui plonge dans une sorte de spleen. Là je continue à laisser les mots s’afficher, se succéder sans rien pouvoir contrôler. Je ne sais pas encore s’il faudra que je relise, si cela aura un sens, s’il y aura de l’homogénéité. Il y a des années, c’était en vers que cela s’exprimait, avec des contraintes que je me fixais. Maintenant c’est plus en prose, dans des exercices variés, dans des bouffées de rage parfois comme je l’ai ressenti il y a quelques semaines.

Là encore j’ai mis quelques jours à canaliser cela. Je n’arrivais pas à lire, je n’arrivais pas à écouter la moindre chose plus de 5 minutes. Je devais bouger, trouver quoi faire pour que cela passe mais les mots n’étaient pas là, sinon ceux de la colère au mauvais endroit. A ce moment, la moindre chose peut m’énerver, seul, dans mon coin et j’ai mes propres recettes pour l’apaisement. Je ne suis pas un cadeau, mais il y en a qui savent faire… Et puis il y a une envie d’abord de passer à la création de quelque chose. Ce n’est pas très réussi mais ça reste acceptable. Peu à peu ça trouve son expression, dans un imaginaire. Hop, deux ou trois chapitres du roman qui viennent, pas forcément comme prévu mais qu’importe. Et puis l’introspection, ce regard que l’on se porte, cette manière de s’élever en dehors de soi et de regarder autrement, souvent dans le silence d’une nuit d’hiver.

Le silence est souvent mon ami, fidèle, sans surprise. Un léger bruit de fond tout au plus, des murmures, et le besoin sort, s’exprime. Il vient retrouver l’envie laissée pour compte et s’exprime dans des brouillons désordonnés, mis dans une pile avec la liste des livres, des CD, des films à lire, à voir, à écouter. Allez, il faut prendre les choses une par une, se contraindre un peu, comme le cheval sauvage que l’on rencontre pour la première fois. Cela hurle, cela rue, se brise, cela détruit aussi ce qu’il y a autour. On structure les choses, on jette des idées. Et puis on pense que c’est fini, qu’il y aura un autre moment de calme. Non, c’est encore là, pour combien de temps ? Nul ne sait. Par surprise, tout paraît soudain facile, naturel. Voilà, c’est une autre nature qui prend le contrôle.

Avec un peu de courage, cela sera relu bien plus tard. Le besoin sera parti, l’envie aussi parfois et on se demandera qui était là cette nuit, ce jour. Mais souvent c’est fulgurant, cela doit sortir maintenant, tout de suite, dans l’énergie débordante. On a l’impression que ce moment avait duré des heures, qu’il y avait trop, beaucoup trop et non, il y a juste ce qu’il faut, limite pas assez. Mais il est alors impossible de retrouver ce besoin que l’on a épuisé, enfoui, enterré quelque part dans son jardin secret.

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Étal de boucher avec Fuite en Égypte - Pieter Aertsen - 16ème siècle

Voilà, je sens que j’en ai terminé pour ce premier jet. Je sais ce qui m’attend demain, que ce n’est pas terminé justement. Est-ce que cela va venir clore le sujet, ou s’exprimer sur un autre. Je tente de mettre ça en pause, là…Je sais que toi aussi tu en as besoin…On respire. La vie m’y oblige aussi, le chat qui miaule soudain, quémande, tousse. Allez, j’abandonne le texte sur l’étagère virtuelle, referme l’ordinateur…je respire plus lentement, les lettres s’affichent moins vite. J’écoute à nouveau le tumulte de la vie.

Ah, justement, le tumulte… Dans ces moments d’hypersensibilité, il me contracte, me harcèle. J’essaie alors de m’en couper, d’ignorer toutes les agressions d’un extérieur anxiogène. Il l’est particulièrement en ce mois de Janvier avec une atmosphère de fin du monde, des catastrophes, des destructions, des guerres, des asservissements, des replis. Tout devient insupportable. J’ai supprimé des applications, des signets, bloqué des choses, des gens, pour tuer cette envie d’aller nourrir la bête, la rage qui continue. La passivité est-elle forcément la solution ? Non, mais je laisse la violence à d’autres, en sachant le prix à payer.

J’ai finalement repris la lecture du premier jet, quelques paragraphes au dessus, continué l’écriture avec ces quelques jours de pause entre les deux, ces décisions qu’il fallait prendre et de nouvelles angoisses liées à cette rentrée, à des nouvelles que je ne voulais pas avoir. Heureusement, les mots sont là, même pour moi seul. Je ne sais pas si ou quand j’appuierai sur le bouton Publier, en haut à droite, si innocent bouton avec ce bleu apaisant mais froid comme la machine. Publier encore …mais quel sens donner à ce billet finalement ? L’envie n’était que d’un billet de plus, cocher une case mais le besoin a pris le dessus, besoin tout personnel. Je me dis juste que d’autres ont parfois ce même sentiment, sans trouver de réponse. Ils sont parfois blogueurs, dessinateurs, ou tout autre… J’ai cette impression de partager un peu de ces besoins fugaces que j’oublierai bientôt et sur lesquels je n’aime pas trop revenir, pour ne pas rouvrir de blessures.

Vient le moment où je cherche l’illustration … Là je vois une nature morte, froide, horrible, à l’opposé de ce que j’aime contempler dans cet exercice académique. J’ai trouvé, je la mets au dessus. J’avais même pire en tête à ce moment. Pour l’instant musical, c’est difficile…Il y avait tant de silence. Un simple ronflement de vieux chat aurait été bien. Mais non, je vais encore utiliser la rage, ce que j’ai écouté dans la semaine aussi. Le titre est particulièrement bien nommé en plus. Voilà, le billet se termine, comme le mois bientôt. Une feuille à arracher du calendrier, une illustration qui s’efface, que l’on roule en boule pour qu’elle rejoigne des brouillons, des calculs, des emballages, des résidus d’une vie. Je crois conclure… et dans quelques jours je reprendrais encore ce brouillon pour une 6ème, une 7ème, une 8ème fois. Je refrénerai l’envie de mettre ça à la corbeille, de ne pas le montrer, de pas prendre ce qui m’apparaît comme un risque. Et puis le suivant n’aura vraisemblablement rien à voir, écrit peut-être avant, ou d’un jet. A bientôt l’ami…A bientôt moi-même.

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Ecrit le : 01/02/2020
Categorie : reflexion
Tags : blog,folie,psychanalyse,Réflexion

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