Littérature - Imbroglio Negro de Chester Himes (1960)

Il y avait longtemps que je n’avais pas lu un ouvrage de cet auteur. ….environ 20 ans. Je tournais autour du rayon et puis j’ai pioché au hasard, parce que le titre m’intriguait aussi…

Il faut un peu contextualiser… Le titre réel est « All Shot Up » ou « Don’t Play with Death « … L’éditeur français n’a pas l’air de comprendre et nous a sorti ce truc …bizarre. Nous sommes en 1960 mais Chester Himes situe plutôt cela dans les années 50. C’est un des premiers auteurs afro-américains à être publié à l’étranger ou à sortir du giron de sa communauté. Ancien prisonnier, il trouve la rédemption en écrivant et en parlant aussi de la condition noire à travers des livres policiers, des crimes ou des récits de critique sociale pure. J’étais resté sur son fameux La reine des Pommes, qui se passe déjà à Harlem. Retour à Harlem aussi pour ce récit qui part, comme souvent, d’un fait divers.

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C’est le 5ème opus de sa série « Fossoyeur Jones et Ed Cercueil », du nom des deux policiers noirs qui sont les héros de ses livres. Avec eux, on ne fait pas dans la dentelle. Et on retrouve aussi le NYPD de l’époque avec le racisme, les difficultés avec des collègues blancs, même si ce n’est qu’en filigrane. Ici le fait divers, c’est une femme qui se fait renverser par une Cadillac dorée achetée par un mec qui a tout du mac. Un témoin ? Un type qui fauche des roues de bagnoles. Et puis tout part en vrille avec une Buick remplie de faux policiers, un assassinat dans un bar gay de Harlem, des travestis, etc…

Le point culminant du récit est cette scène terrible de la poursuite en moto. Himes y fait preuve de cet humour décalé si particulier avec sa verve habituelle. Attention, ça claque, malgré le passage à la traduction. Il y a un phrasé, une sorte d’argot qui sied particulièrement bien à ce type d’ouvrage. On se plonge dans l’ambiance de l’époque, dans un Harlem qui n’existe plus. Et Himes déroule le fil de la pelote nous emmenant dans une histoire totalement improbable dont on ne peut deviner le déroulement. Il n’y a pas de crime à élucider ici puisque les premières scènes sont là pour donner la bonne version. Mais entre M. Baron et nos deux policiers, on se demande s’il va y avoir compréhension et si ça ne va pas mal finir.

On aurait pu appeler cela « scènes de la vie à Harlem »… Il n’y a finalement que 60 ans et cela paraît être il y a une éternité. Ça se savoure comme un bon film noir, ou un film de blaxploitation. Evidemment, certains éléments et manières de parler ont changé. Une nouvelle traduction serait peut-être nécessaire…? ou une nouvelle édition qui explique aussi ce contexte d’avant le mouvement des droits civiques.


Ecrit le : 10/11/2020
Categorie : litterature
Tags : 1960s,littérature,policier,racisme,usa

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