Cinéma - La Fille au bracelet de Stéphane Demoustier (2020)

Encore une incursion dans le Film de genre, avec cette fois-ci le film de procès. Mais ce film très intelligent ( adaptation du Acusada du mexicain Gonzalo Tobal ) ne s’arrête pas là.

N’espérez pas voir un rival du classique “12 hommes en colère” qui allait voir un jury et les délibérations autour d’une histoire de meurtre. Si meurtre il y a, la réalisation reste du côté de la famille de l’accusée, une famille brisée, une famille qui, malgré les apparences données, doute. Le meurtre ? Celui de la meilleure amie de leur fille. Le mobile possible : 1 mois auparavant, la victime avait posté sur un réseau social une vidéo sexuelle de l’accusée avec son futur petit ami. Le film commence par l’arrestation quelques heures après le meurtre et saute 2 ans plus tard au moment du procès. La jeune fille (Melissa Guers) est dotée d’un bracelet électronique (d’où le titre). Le père a quitté son travail pour s’occuper d’elle. Elle prend des cours par correspondance. La mère est très absorbée par son travail. Le petit frère tente de survivre dans cette situation étrange. Leur maison à la mer est à vendre. La mère de la victime est détruite.

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Ce n’est pas une histoire vraie mais cela pourrait l’être. On aurait presque pu appeler cela la “mauvaise réputation”. Lise, l’accusée, a une réputation de “fille facile”, surtout depuis la vidéo. Elle est belle, plaît aux garçons mais comme elle le dit au procès, “pourquoi ce n’est pas eux les garçons faciles”. Le procès va faire la lumière sur ses mœurs, une sexualité d’adolescente d’aujourd’hui, finalement, à l’heure des réseaux, des youporn, etc. Le père (Roshdy Zem) n’est pas préparé…On doute. Surtout que durant ce procès, on a une procureure vindicative (Anais Demoustier), mais inexpérimentée face à une avocate qui a bien préparé son coup (Excellente Annie Mercier). En tant que spectateur, on oscille entre culpabilité et innocence au fil des révélation. Nous sommes dans le rôle des jurés d’assises.

S’il y a un verdict final, il nous appartient surtout à nous spectateur de juger, justement. Melissa Guers ne rend pas le travail facile par la justesse de son jeu. C’est une sorte de fossé générationnel qu’il y a en fait devant nous. Est-ce que le “revenge porn” est bien le mobile finalement par rapport à un triangle amoureux possible? Et si ce n’est pas elle, c’est qui ? Une autre jalousie. On se remémore sa propre adolescence, ce qui pouvait choquer nos parents aussi. Aucun personnage ne parvient à être sympathique, même la mère (Chiara Mastroiani) qui nous apparaît comme démissionnaire mais que l’on comprend aussi. Seule la mère de la victime peut avoir notre pitié mais elle semble si brisée.

Filmé sobrement, le film de Stéphane Demoustier (le frère de …) est réussi dans le sens où il reste factuel, ce qui n’a rien d’évident dans un tel cas. Le doute est au cœur du débat et le doute bénéficie parfois à l’accusé, parfois à la victime selon les systèmes judiciaires. Il faut donc le voir pour se rendre compte de la difficulté de juger quelqu’un, et donc d’être parfois juré. Passionnant sans être passionné. Bravo.

En video : video


Ecrit le : 19/02/2020
Categorie : cinema
Tags : 2020s,adolescence,Cinéma,Film,meurtre,procès,sexualité,thriller

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