BD - Nengue, l'histoire oubliée des esclaves de Guyane de Figuière et Blanco (2018)

La bande dessinée se prête bien à “montrer” l’Histoire avec un grand H. Ici, nous partons pour la Guyane française et le Suriname (hollandais) pendant le 17ème, 18ème et 19ème siècle.

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La Guyane c’est ce petit morceau d’Amazonie au nord est du Brésil d’où l’on envoie des fusées, aujourd’hui. Mais avant cela, c’était un territoire inexploré où l’on trouvait des plantations et … des esclaves venus d’Afrique. “En 1877, Jules Crevaux réalise son rêve : celui d’être nommé par l’État français à la tête d’une mission d’exploration de l’intérieur des terres de la Guyane. En remontant le fleuve Maroni, frontière naturelle avec la Guyane néerlandaise (aujourd’hui le Suriname), le médecin français va parcourir cette région du monde comme jamais auparavant et côtoyer un de ses peuples et son histoire : les Bonis.”

Ce n’est pas un conquistador que nous suivons mais un ethnologue-géographe qui s’intéresse à l’histoire de ce que l’on pourrait croire une “tribu”, les Bonis. Mais comme le nom ne l’indique pas, les Bonis ont ce nom pour un de leurs premiers chefs et libérateurs. Ce sont des esclaves enfuis qui se sont regroupés. On les appelle alors les nègres-marrons (d’où le terme marronnage…) ou encore Bushinengue. Ils ont su s’adapter à cette jungle hostile et tente de trouver leur place entre les plantations des blancs, les territoires des indiens autochtones et les autres groupes d’esclaves libérés. Pour survivre, ils doivent aussi s’attaquer aux plantations pour récupérer des outils, de la nourriture, mais aussi libérer d’autres esclaves, avant d’avoir leurs villages et leurs cultures. Nous suivons à la fois l’exploration de Crevaux et l’histoire des Bonis telle qu’elle lui a été racontée par un de ses descendants, une histoire qu’il relatera ensuite à Paris avec un de ses amis Bonis.

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L’ouvrage est passionnant est dur à la fois car il y a l’aventure d’une part mais aussi les tortures et sévices infligés par les “maîtres” blancs aux esclaves. On a des scènes insoutenables mais pourtant bien réelles comme on le rappelle aussi dans des introductions et post-face bien documentées. Ce n’est donc pas pour de trop jeunes enfants que cette bande dessinée a été faite mais pour des adolescents et adultes. Elle est utile pour mieux comprendre la Guyane d’aujourd’hui, territoire délaissé qui se résume trop souvent à Cayenne et Kourou. Mon reproche irait plus à la mise en couleur, trop terne et à des planches parfois un peu simplistes quand d’autres fourmillent de détails. Ça ne gâche pas le plaisir d’une lecture instructive sur ce sujet de l’esclavage en France.


Ecrit le : 11/02/2020
Categorie : bd
Tags : 2010s,aventure,bd,esclavage,histoire,

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